Témoignages

Témoignages de professeures et professeurs contractuels

Professeur de Centennial

Publié par Contract Faculty Forward, le 5 janvier 2017, 8 h 23

J’enseigne au Collège Centennial

à l’école des études communautaires et de la santé – un programme pour la promotion de la mise en forme et de la santé.

J’aime mon emploi pour bien des raisons : j’aime enseigner aux jeunes esprits et les exposer au savoir, aux idées, aux valeurs qu’ils n’ont pas eu la chance de connaître auparavant. J’aime avoir l’occasion d’être un mentor pour eux, une personne en qui ils peuvent avoir confiance, un éducateur qui se préoccupe d’eux et qui a un but en tête : les voir réussir dans la vie. J’aime pouvoir ouvrir leur esprit, et leur faire voir les choses sous un jour différent, et leur apprendre non seulement le programme d’études que j’enseigne, mais la vie en général, la vie d’adulte, la responsabilité, la maturité et l’authenticité. Bref, j’aime façonner, inspirer et élever les jeunes esprits.

Mais je ne vis pas dans la dignité puisque ma paie est médiocre et que je n’ai pas de sécurité d’emploi... je ne sais jamais combien d’heures je travaillerai ni le salaire que je recevrai chaque semestre. Ce n’est pas le genre de vie qui me permet de planifier mon avenir... mes vacances... ma retraite.

 Mes plus grands moments de fierté sont lorsque mes étudiantes et étudiants me confient les problèmes personnels qui leur posent un défi. Le fait qu’ils se sentent en sécurité et me font confiance en ce qui concerne leur vie personnelle est le plus grand honneur que peut vivre un éducateur. Le fait que les étudiantes ou étudiants me demandent des conseils, une orientation ou du soutien personnels me fait savoir que ma mission d’éducateur ne se limite pas à leur enseigner le matériel du cours, mais, de manière plus importante, à leur démontrer que leur vie, leur bien-être et leur avenir me tiennent à coeur, au-delà de la salle de cours.

Mon autonomie. Mon salaire d’éducateur me maintient au seuil de la pauvreté, ce qui m’oblige à compter sur mes épargnes de retraite pour payer les factures chaque mois. Je ne contribue plus à mon REER depuis des années et je suis réellement inquiet de ne pas pouvoir épargner assez pour ma retraite. Bref, je ne peux continuer ainsi pendant longtemps. Même si j’adore enseigner, et que j’aimerais rester dans cette profession en raison de tout le bien que je peux faire, je songe sérieusement à retourner aux études afin d’avoir une carrière qui me garantit de meilleures chances de travail à plein temps, une pension, un congé annuel payé, etc. J’adorerais continuer dans l’enseignement. J’adore l’atmosphère du campus – l’énergie que dégagent la population étudiante et la vie du campus. Mais honnêtement, j’ai l’impression de ne pas avoir le choix si je veux vivre ma vie avec un tant soit peu de sécurité et de stabilité, dans la fierté et la dignité.

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Professeur du Collège Boréal

Publié par Contract Faculty Forward, le 31 octobre 2016, 9 h 53

Je suis professeur au Collège Boréal

Pourquoi aimez-vous votre emploi?

J’aime mes étudiantes et étudiants.

Parlez-nous du moment qui vous a apporté la plus grande fierté :

Le moment qui m’apporte la plus grande fierté est lorsque le perfectionnement de l’étudiante ou de l’étudiant lui permet d’obtenir un emploi à plein temps dans son domaine.

Quels sont les défis auxquels vous faites face dans votre travail?

Nous sommes limités à un contrat perpétuel avec « gel » salarial. Les coûts augmentent (le loyer, les transports en commun, l’inflation en général), mais pas le salaire. Il est impossible d’obtenir une augmentation ou de devenir employé à plein temps.

Que signifieraient pour vous la sécurité d’emploi et de meilleures conditions de travail?

Je me sentirais comme un employé en bonne et due forme. Cela signifierait obtenir des congés de maladie et des jours fériés rémunérés. Cela signifierait pouvoir faire des plans pour dans six mois parce que je saurais où je travaillerais et je connaîtrais mon horaire.

J’ai travaillé à l’Université York, au Collège Centennial et au Collège Seneca – des voies qui ne menaient à rien sauf à des contrats et à de l’insécurité d’un semestre à un autre.

Nous devons œuvrer à rétablir l’enseignement en tant que profession, et non un emploi parmi plusieurs à temps partiel.


Professeure au Collège Algonquin

Publié par Contract Faculty Forward, le 29 août 2016, 17 h 19

Je suis professeure au Collège Algonquin. J’enseigne les arts du langage.

Pourquoi aimez-vous votre emploi?

Enseigner l’ALS est l'un des domaines les plus valorisants, les plus passionnants et les plus intéressants. Je rencontre des gens de milieux et d’horizons divers et de tous les coins du monde – sinon nos sentiers ne se seraient jamais croisés. Les étudiantes et étudiants partagent avec moi des bribes de leur vécu et de leurs expériences et leurs objectifs pour l’avenir, et j’ai l’occasion de les encourager dans l’atteinte de ces objectifs. Et, franchement, j’y prends beaucoup de plaisir.

Quels sont les défis auxquels vous faites face dans votre travail?

Travailler au collège s’est avéré vraiment difficile. Le salaire n’est pas suffisant pour joindre les deux bouts à moi seule. Donc, au lieu de vivre en appartement, je loue une chambre dans une maison.

Je n’étais rémunérée que pour les « heures de contact ». C’est-à-dire que le temps consacré à la préparation, à la notation et à l’administration était exclu. Par conséquent, non seulement je ne pouvais pas gagner assez pour être autonome, mais je devais passer le temps où j’aurais pu travailler à un autre emploi aux tâches requises pour bien faire mon travail.

Je parle au passé parce que je ne travaille plus au collège.

J’ai passé 10 mois de ma vie pendant la période où les niveaux du programme collégial étaient les plus intensifs, en complétant le rare matériel didactique fourni et en consacrant mon temps personnel à fournir de vraies ressources et leçons aux étudiantes et étudiants.

Six heures d’enseignement par semaine (réparties sur trois jours : un horaire déplorable qui ruine toute possibilité pour moi d’occuper un autre emploi) alliées aux heures de déplacement, et au temps de préparation non payé signifient qu’il me faudrait consacrer au moins 20 heures de mon temps afin d’être rémunérée (maigrement) pour seulement six heures.

Ce n’est pas réellement une option viable pour quelqu’un qui habite une ville dispendieuse avec un seul revenu. Je ne pouvais littéralement pas me permettre de travailler dans mon domaine en raison de ce que les collèges de l’Ontario sont prêts à faire pour ne pas rémunérer équitablement leurs professeures et professeurs.

Parlez-nous du moment qui vous a apporté la plus grande fierté :

J’ai déjà rencontré deux anciens étudiants dans le corridor. Je leur ai demandé comment ça allait avec leurs cours. Ils se sont éclatés de rire et m’ont dit que le niveau suivant était facile. « Nous venons de passer un examen. Ça nous a pris 10 minutes parce que nous avions suivi votre cours. Il est facile de dire quelles étudiantes et quels étudiants étaient dans votre cours. Nous finissons toujours beaucoup plus rapidement que les autres! » Il a été tellement encourageant de savoir que je les avais bien outillés pour entreprendre les cours suivants – et plus encore – et ils s’en rendaient également compte!

Aimeriez-vous ajouter des commentaires?

Je suis une excellente éducatrice, mais j’occupe un poste administratif de 9 h à 17 h dans un bureau, afin de m’assurer que je peux rembourser mes prêts étudiants pour la maîtrise que j’ai obtenue dans le domaine de l’éducation.

Au cours des 10 mois où j’ai travaillé pour le collège, au moins trois de mes collègues ont changé de carrière. Le traitement des membres du personnel par le collège est déplorable, il semble vouloir dire « une de perdue, dix de trouvées ». Cette attitude nuit au collège qui perd des professeures et professeurs motivés au profit d’autres carrières, et il est impossible que le programme et l’éducation collégiale générale en Ontario ne soient pas compromis.

Que signifieraient pour vous la sécurité d’emploi et de meilleures conditions de travail?

Cela signifierait de fait mon retour au travail dans mon domaine. Cela voudrait dire que je pourrais faire des plans et investir dans un avenir où je serais parmi les étudiantes et étudiants, dans les écoles et au sein du programme d’études plutôt que de ne dormir que d’un œil par crainte de devoir composer à la dernière minute avec le retrait de mon cours en raison du faible nombre d’inscriptions.

Cela signifierait que je n’aurais pas à assumer le double de la tâche du personnel à plein temps pour une fraction de la paie – cela voudrait dire que je pourrais aller chez le dentiste, que mes médicaments sur ordonnance seraient couverts et que je pourrais aussi rembourser mes prêts du RAFEO. Cela signifierait que je ne me traînerais pas au travail lorsque je suis malade parce que je ne peux pas me permettre des congés de maladie non rémunérés! (En passant, saviez-vous que les congés de maladie et le congé annuel payé font partie de la Déclaration des droits de la personne de l’ONU?!)

Cela signifierait jeter des ponts au sein de la communauté de l’éducation qui renforceraient toutes les parties intéressées. Cela changerait l’éducation dans les collèges. :)

L’enseignement est un domaine extrêmement exigeant et valorisant. Les écoles devraient se rappeler qu’elles sont des écoles, et non des entreprises qui rognent sur les coûts, si elles veulent vraiment prospérer dans l’ère imminente de l’information.

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Professeure au Collège George Brown

Publié par Contract Faculty Forward, le 23 mai 2016, 11 h 39

Je suis professeure au Collège George Brown

Que signifieraient pour vous la sécurité d’emploi et de meilleures conditions de travail?

Cela signifierait ne pas vivre dans un état constant d’angoisse et de précarité. Cela aiderait à donner plus de cohérence à ma carrière et me permettrait de mieux planifier mes cours, d’un semestre à un autre. Cela me permettrait une meilleure conciliation travail/vie personnelle. Il arrive qu’en qualité de travailleuse contractuelle, j’ai l’impression d’être à risque de surmenage. Finalement, cela m’aiderait de savoir que je suis un membre estimé de ma communauté collégiale, une personne qui mérite qu’on investisse à son égard.

Je suis travailleuse contractuelle depuis sept ans, et je connais de nombreuses et nombreux collègues qui se trouvent dans des situations semblables. Il m’attriste de constater que c’est la réalité pour un grand nombre d’éducatrices et d’éducateurs dans les collèges. Ces conditions ont de graves répercussions psychologiques – il en résulte de l’anxiété, de l’isolement, de la concurrence et de l’aliénation. Elles encouragent une mentalité du « nous » contre « eux » au sein d’un système à niveaux multiples largement inéquitable.

 Pourquoi aimez-vous votre emploi?

Je me passionne pour la création d’expériences d’apprentissage pertinentes que je vois prendre vie dans la salle de cours. J’aime entendre mes apprenantes et apprenants dire que j’ai joué un rôle important dans leur cheminement scolaire. J’adore faire preuve de créativité dans mon travail, de partager des histoires et du travail avec d’autres personnes qui se passionnent pour les possibilités de l’éducation.

Parlez-nous du moment qui vous a apporté la plus grande fierté :

Lorsqu’un de mes étudiants a été désigné comme représentant pendant la cérémonie de remise des diplômes de sa classe. L’entendre parler des obstacles qu’il a surmontés, et le voir remercier, la larme à l’œil, le programme et particulièrement les professeures et professeurs pour leur soutien tout au long de son cheminement, m’a rappelé vivement le rôle que nous jouons dans la vie de nos étudiantes et étudiants. Entendre que vous avez touché profondément la vie d’une autre personne représente toujours un moment de fierté pour une éducatrice ou un éducateur.

Quels sont les défis auxquels vous faites face dans votre travail?

En qualité de travailleuse contractuelle, le pire défi que je doive surmonter est la sécurité d’emploi. Chaque semestre, je me demande si j’aurai assez de cours à donner le semestre suivant pour faire vivre ma famille. Il est difficile d'établir un budget quand on n’est pas assuré de la nature de son revenu d’un semestre à un autre. Je n’ai ni les mêmes avantages sociaux ni les mêmes possibilités de perfectionnement professionnel que certaines et certains de mes collègues, ce qui est décourageant. Et, finalement, il m’arrive parfois de sentir que je n’ai pas de soutien ni de valorisation dans mon rôle.


Professeur au Collège Centennial

Publié par Contract Faculty Forward, le 8 février 2016, 15 h 20

Je suis professeur. Je travaille au Collège Centennial, école de perfectionnement (anglais et ALS)

Pourquoi aimez-vous votre emploi?

J’adore mon travail d’enseignement collégial d’ALS avec chaque fibre de mon être. J’ai commencé à enseigner l’ALS au niveau collégial, il y a 18 ans. Et je le ferai jusqu’à mon dernier soupir. Cependant, en ce qui concerne mon salaire, mon emploi est un DÉSASTRE. Pendant toutes ces années, j’ai toujours été obligé d’obtenir d’autres emplois au salaire minimum pour joindre les deux bouts.

Que signifieraient pour vous la sécurité d’emploi et de meilleures conditions de travail?

J’ai besoin d’un poste permanent et à plein temps, sinon je ne sais pas comment ma famille et moi finirons.

Parlez-nous du moment qui vous a apporté la plus grande fierté :

J’éprouve de la fierté chaque fois que mes étudiantes et étudiants me regardent avec un sourire ou un hochement de tête dans la salle de cours parce que je viens de leur apprendre quelque chose.

Quels sont les défis auxquels vous faites face dans votre travail?

J’ai besoin d’une certaine tranquillité d’esprit concernant mes heures futures, de sorte qu’à la fin du semestre je sache que j’aurai assez d’heures par semaine pour le semestre suivant.

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Professeure au Collège Algonquin

Publié par Contract Faculty Forward, le 20 octobre 2015, 9 h 12

Je suis professeure. Je travaille au Collège Algonquin

Pourquoi aimez-vous votre emploi?

J’adore travailler avec les étudiantes, les étudiants et les partenaires de la communauté. J’aime relever le défi de trouver des stages pour les étudiantes et étudiants et créer des liens de coopération avec les partenaires de la communauté. J’adore voir comment les étudiantes et étudiants s’épanouissent sur le plan professionnel pendant leurs études collégiales.

J’adore mon travail. Mais je n’aime pas être citoyenne de deuxième ordre qu’on peut congédier sur un caprice. Aussi, parce que j’ai un deuxième emploi pour joindre les deux bouts, cela signifie que lorsque je suis en congé pour le semestre d’été (de mai à septembre) je ne peux pas recevoir de prestations d’assurance-emploi parce que je suis toujours employée. De mai à septembre, mon revenu total diminue à 40 % de ce que je gagne de septembre à avril (si je reçois des contrats pour les deux semestres). Je gagnerais davantage si je recevais des prestations d’a.-e., mais si je quitte mon deuxième emploi, il me faudra trouver un autre emploi à temps partiel en septembre. C’est comme une course continuelle sur un tapis roulant.

Parlez-nous du moment qui vous a apporté la plus grande fierté :

Lorsque je crée des outils d’évaluation et des manuels pour les superviseures et superviseurs des stages et que je m’assure que les évaluations sont normalisées et efficaces.

Quels sont les défis auxquels vous faites face dans votre travail?

Ne jamais savoir jusqu’à environ un mois avant le début du semestre si j’aurai du travail, sans mentionner si le nombre d’heures que je recevrai sera le même que pour le semestre précédent. Sinon, comment puis-je me permettre de rester? J’ai besoin d’un deuxième emploi pour joindre les deux bouts.

Que signifieraient pour vous la sécurité d’emploi et de meilleures conditions de travail?

Cela signifierait que je pourrais continuer de faire ce qui me passionne – travailler avec les étudiantes et étudiants et les partenaires de la communauté pour fournir les meilleures possibilités de stage afin de répondre aux besoins de toutes les parties. Cela voudrait dire que je pourrais quitter mon deuxième emploi et que je n’aurais pas l’impression d’être constamment dans les limbes. Je pourrais planifier mon avenir financier, par opposition à m’inquiéter de devoir trouver un autre emploi dans trois mois.